Droit d'initiative

Motion, postulat, interpellation : que déposer ?

Le droit d'initiative appartient à tout membre du Conseil, comme à la Municipalité. Six outils, du plus contraignant au plus léger — les confondre, c'est perdre son objet en cours de route ou obtenir beaucoup moins que ce qu'on voulait.

Vue d'ensemble

InstrumentCe que vous demandezEffet sur la MunicipalitéCondition de dépôt
Projet rédigé
le plus fort
Vous écrivez vous-même le texte : un projet de règlement, une modification de règlement ou un projet de décision. Elle doit rédiger un préavis sur votre projet. Elle peut l'assortir d'un contre-projet. Par écrit au président. Uniquement sur une compétence du Conseil.
Motion
contraignante
Vous chargez la Municipalité de présenter une étude sur un objet déterminé, ou un projet de décision. Contraignante : elle doit présenter l'étude ou le projet demandé. Elle peut y joindre un contre-projet. Par écrit au président. Uniquement sur une compétence du Conseil.
Postulat Vous invitez la Municipalité à étudier l'opportunité de prendre une mesure ou de faire une proposition, et à dresser un rapport. Pas d'effet contraignant, sauf l'obligation d'analyser la situation et de rédiger un rapport. Par écrit au président. Peut porter sur une compétence du Conseil ou de la Municipalité.
Interpellation Vous demandez une explication sur un fait de l'administration communale. Aucune injonction possible. Elle répond, et le débat peut se conclure par une résolution. Par écrit au président, appuyée par cinq membres au moins.
Simple question ou vœu Vous posez une question, ou exprimez un souhait. Elle répond immédiatement ou au plus tard à la séance suivante. Aucune. Ni vote ni résolution.
Résolution Une déclaration du Conseil à l'adresse de la Municipalité, à l'issue d'une interpellation. Aucun effet contraignant, et elle ne doit pas contenir d'injonction. Proposée par l'auteur de l'interpellation ou tout autre conseiller, après la réponse municipale.
art. 59–64art. 30–34a LCdéfinitions annexées au règlement

Choisir en trois questions

1. Voulez-vous une réponse, ou une action ?

Une explication sur ce qui s'est passé, ou sur un dossier en cours → interpellation (ou simple question si vous n'attendez pas de débat).
Une mesure, une étude, un texte → postulat, motion ou projet rédigé.

2. L'objet est-il de la compétence du Conseil ?

Le Conseil décide du budget, des comptes, des impôts, des dépenses, des emprunts, des immeubles, des règlements. Le reste — l'administration au quotidien, le personnel, la police — relève de la Municipalité.
Si l'objet est municipal, la motion et le projet rédigé sont irrecevables : il vous reste le postulat ou l'interpellation.

art. 17

3. Savez-vous déjà ce que vous voulez écrire ?

Vous avez le texte exact → projet rédigé.
Vous savez ce que vous voulez obtenir, mais pas comment le rédiger → motion.
Vous voulez d'abord savoir si c'est faisable et à quel prix → postulat.

Le piège classique

Déposer une motion sur un objet municipal. Elle sera déclarée irrecevable, ou bien la Municipalité en fera un rapport constatant qu'elle contrevient aux exigences légales. Dans le doute, déposez un postulat : il couvre les deux champs de compétence et vous obtenez au minimum un rapport écrit.

art. 62art. 32 al. 4 LC

Le parcours d'une proposition, étape par étape

Étape 1 — Le dépôt

Vous remettez votre proposition par écrit au président. Elle est développée séance tenante ou à la prochaine séance : c'est vous qui la présentez oralement au Conseil.

art. 61
Étape 2 — L'examen de la recevabilité

Le Conseil examine si la proposition est recevable. Si, après vous avoir entendu, un doute subsiste, le Conseil peut :

  • statuer lui-même sur la recevabilité ; ou
  • renvoyer la proposition au bureau pour préavis — le bureau demande alors ses déterminations à la Municipalité, puis rapporte, et le Conseil tranche.

Une proposition doit notamment respecter le droit supérieur, la séparation des pouvoirs et être réalisable.

art. 61art. 32 LC
Étape 3 — La décision du Conseil : c'est ici que tout se joue

Après avoir entendu l'auteur, la Municipalité et le président sur la proposition, le Conseil statue immédiatement après délibération. Il n'a que deux voies :

  • Renvoyer à une commission chargée de préaviser sur la prise en considération et le renvoi à la Municipalité — à condition qu'un cinquième des membres présents le demande.
  • Prendre la proposition en considération immédiatement et la renvoyer à la Municipalité, éventuellement assortie d'un délai particulier.

Et bien sûr, il peut aussi refuser la prise en considération : la proposition est alors classée.

Votre marge de manœuvre

Vous pouvez retirer ou modifier votre proposition jusqu'à ce que le Conseil se prononce sur sa prise en considération. Si le débat montre qu'elle ne passera pas telle quelle, modifiez-la plutôt que de la laisser échouer.

art. 62art. 33 LC
Étape 4 — La réponse de la Municipalité

Une fois prise en considération, la Municipalité doit impérativement la traiter et y répondre dans l'année qui suit le dépôt, par :

  • un rapport sur le postulat ;
  • l'étude ou le projet de décision demandé dans le cadre de la motion ; ou
  • un préavis sur le projet de règlement ou de décision proposé.

Attention : le délai court depuis le dépôt, pas depuis la prise en considération.

art. 62
Étape 5 — Le contre-projet, si la Municipalité en dépose un

La Municipalité peut assortir d'un contre-projet le projet de décision ou de règlement qu'elle soumet au Conseil en réponse à une motion ou à un projet rédigé. La procédure est alors strictement ordonnée :

  1. la discussion s'ouvre d'abord sur le projet, puis sur le contre-projet ;
  2. la discussion close, on vote le projet, puis le contre-projet ;
  3. en cas de double acceptation, les deux sont opposés : chacun exprime sa préférence, et celui qui obtient le plus de voix l'emporte ;
  4. en cas de double refus, projet et contre-projet sont rejetés.
Ce que ça change pour vous

Vous pouvez accepter les deux au deuxième temps du vote sans vous trahir : accepter le contre-projet ne fait pas tomber le projet, puisqu'une préférence sera ensuite demandée. Refuser les deux, en revanche, c'est se retrouver sans rien.

art. 62

L'interpellation en détail

La procédure

  1. Vous informez le président par écrit de l'objet de votre interpellation.
  2. Si elle est appuyée par cinq membres au moins, elle est développée séance tenante ou à la prochaine séance.
  3. La Municipalité répond immédiatement, ou au plus tard à la séance suivante.
  4. La discussion qui suit se termine de deux façons possibles : l'adoption d'une résolution, ou le passage à l'ordre du jour.
art. 63art. 34 LC

Les limites

L'interpellation ne comprend ni le pouvoir d'annuler ou de modifier les décisions municipales, ni celui d'adresser des instructions impératives à la Municipalité.

La résolution qui la conclut est une simple déclaration à l'attention de la Municipalité : elle ne doit pas contenir d'injonction et n'a pas d'effet contraignant. Si vous voulez contraindre, il faut une motion.

Au terme de cette discussion, je propose la résolution suivante : « Le Conseil communal souhaite que la Municipalité… »

Ce que doit contenir votre texte

Le règlement n'impose pas de formulaire. La structure suivante est celle qui passe le mieux l'examen de recevabilité et le débat.

BlocContenu
TitreLa nature de l'acte et son objet : « Postulat — Pour un plan de mobilité douce entre la gare et le port ».
DéveloppementLes faits, le problème, le contexte communal. C'est la partie que vous développerez oralement.
CompétenceUne phrase qui montre que l'objet relève bien du Conseil (indispensable pour une motion ou un projet rédigé) ou qui assume qu'il est municipal (postulat).
ConclusionLa demande, en une phrase, dans les termes du règlement : « … invite la Municipalité à étudier l'opportunité de… et à dresser un rapport » (postulat) / « … charge la Municipalité de présenter un projet de décision… » (motion).
SignatureVotre nom, la date. Pour une interpellation, prévoyez la liste des cinq appuis.

Et la pétition ?

Elle n'est pas un outil des conseillers mais des habitants — y compris ceux qui ne sont pas électeurs. Elle arrive néanmoins sur votre table.

art. 65–68art. 34b et ss LC
Ne pas confondre avec la motion d'ordre

Malgré son nom, la motion d'ordre n'a rien à voir avec la motion. Elle ne demande rien à la Municipalité : elle interrompt le déroulement du débat pour régler une question de procédure. Appuyée par cinq membres, elle est mise en discussion et votée immédiatement. Voir la page Discussion & vote → art. 75